[Verse 1] Née entre trente et soixante, une génération qui porte Le poids de la paroisse, la terre, la foi forte Peu d'école, mais des mots qui creusent profond Avant d'entrer chez elle, apprends à poser le bon ton Tu dis Madame Gisèle, jamais ma p'tite dame Jamais mon beau, ma belle — c'est l'enfance qu'on réclame Le vouvoiement d'abord, toujours, sans hésiter Attends qu'elle dise elle-même : vous pouvez me tutoyer [Chorus] Madame, Monsieur, on vouvoie, on respecte C'est de valeur d'oublier — la mémoire on protège Avoir de la misère, c'est pas une faiblesse avouée C'est la langue de leur vie, apprends à l'habiter [Verse 2] Elle est en beau fusil depuis ce matin glacé Le médecin est passé, rien n'a été expliqué Se faire du sang de cochon pour ses p'tits au dehors Ça a pas d'allure, dit-elle — et là tu prends note Prendre une marche le soir, tomber en amour jadis La veillée du samedi, mon vieux qui dort assis Ces mots-là sont des clés, des fenêtres entrouvertes Comprends leur cartographie avant de franchir leurs portes [Chorus] Madame, Monsieur, on vouvoie, on respecte C'est de valeur d'oublier — la mémoire on protège Avoir de la misère, c'est pas une faiblesse avouée C'est la langue de leur vie, apprends à l'habiter [Verse 3] La shop, le boss, le windshield, les brakes sur le truck Une génération ouvrière, smatte, cute, un peu fuck Checker l'heure du souper, faire du overtime Ces anglicismes-là, c'est pas du mal, c'est leur rythme Et les sacres — tabarnak, câlisse, ostie, criss — Apprends à les décoder, retiens bien la nuance ici Tabarnouche ou câline, c'est l'intensité qui parle Pas l'hostilité — écoute avant que tu te braques [Verse 4] A dit que c'est le boutte, cette chambre avec du soleil A dit qu'a l'a frette aux os dès que vient le sommeil Y'a-tu moyen d'avoir une couverte de plus ce soir Ces petits mots portés — reçois-les, c'est leur espoir Chaque achalandage du corridor, chaque bruit qui passe Elle note tout, elle garde tout, rien ne s'efface Sois là pleinement, sans presser, sans déranger C'est dans le silence aussi qu'on sait soigner [Bridge] Un mot rare aujourd'hui : la *sénescence* — non pas la fin Mais le devenir lent, le corps qui suit son destin Et la *mémoire palimpseste* — chaque couche qui s'efface Laisse apparaître en filigrane une autre voix, une autre trace C'est là que tu interviens, thérapeute qui sait lire Sous les sacres et les calques, ce que le cœur veut dire [Chorus] Madame, Monsieur, on vouvoie, on respecte C'est de valeur d'oublier — la mémoire on protège Avoir de la misère, c'est pas une faiblesse avouée C'est la langue de leur vie, apprends à l'habiter [Outro] Y'a rien là, dit-elle, quand tu lui tends la main Mais dans ce y'a rien là, il y a tout son chemin Parle-lui dans sa langue, celle du rang, de la foi Et la confiance viendra — douce, ancienne, à toi
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